L'histoire méconnue des fléchettes : du passe-temps médiéval au show planétaire

Aujourd'hui, le jeu de fléchettes évoque des salles combles, des joueurs surnommés "The Power" ou "Mighty Mike", une ambiance électrique et des millions de livres sterling de prix. Pourtant, ses racines sont bien plus modestes. Comment ce simple jeu d'adresse est-il devenu le phénomène que l'on connaît ?

1. Les origines : l'entraînement des archers du Moyen Âge

Il est communément admis que le jeu de fléchettes est né en Angleterre durant la période médiévale. L'histoire raconte que le jeu serait un dérivé direct du tir à l'arc, compétence vitale pour l'armée anglaise de l'époque.

Entre deux batailles, ou durant les longs mois d'hiver où l'entraînement en extérieur était impossible, les archers cherchaient à maintenir leur dextérité tout en trompant l'ennui. Ils auraient alors commencé à raccourcir leurs flèches pour les lancer à la main vers une cible improvisée.

Quelle était cette cible ? Très probablement le fond d'un tonneau de vin ou une tranche de tronc d'arbre. Les cernes naturels du bois fournissaient des zones de score concentriques toutes faites.

Soldats médiévaux s'exerçant en lançant des flèches raccourcies sur une tranche de tronc d'arbre
Reconstitution d'une scène médiévale : des soldats s'exercent en lançant des flèches raccourcies sur une tranche de tronc d'arbre.

2. Le pub victorien et l'invention de la cible moderne

Le jeu a progressivement quitté les camps militaires pour s'installer là où les Anglais passaient le plus clair de leur temps libre : le pub. C'est au tournant du 19ème et du 20ème siècle que le jeu s'est standardisé.

Le génie de Brian Gamlin

Initialement, les cibles n'étaient que des cercles. L'introduction de la numérotation telle que nous la connaissons aujourd'hui est attribuée à un charpentier du Lancashire nommé Brian Gamlin, en 1896. Son idée était de génie : pénaliser l'imprécision. En plaçant de petits chiffres à côté des gros (le 1 et le 5 à côté du 20), il rendait le jeu plus stratégique et moins dépendant de la chance.

La légalité du jeu

Une anecdote célèbre raconte qu'en 1908, le propriétaire d'un pub de Leeds fut traîné en justice, car les jeux de "chance" étaient interdits. Pour prouver que les fléchettes étaient un jeu d'adresse, le meilleur joueur de la région fut convoqué au tribunal. Il visa et toucha trois fois de suite le secteur du 20, prouvant que le jeu nécessitait du talent. Les fléchettes furent déclarées légales !

Pub anglais victorien avec joueurs de fléchettes
L'ambiance d'un pub anglais à la fin du 19ème siècle, où le jeu de fléchettes est devenu le roi des divertissements populaires.

3. L'ère moderne : de la télévision à la scission historique

Après la Seconde Guerre mondiale, la popularité des fléchettes a explosé. L'arrivée de la télévision dans les années 70-80 a propulsé le jeu dans une autre dimension, avec des personnages hauts en couleur comme Eric Bristow.

1992 : La naissance du show-business

Le tournant majeur de l'histoire récente survient en 1992-1993. Les meilleurs joueurs mondiaux, insatisfaits de la gestion de la fédération historique, décident de créer leur propre organisation : la PDC (Professional Darts Corporation). Sous l'impulsion de promoteurs visionnaires, la PDC transforme le jeu. Fini l'ambiance feutrée et enfumée des pubs : place aux arènes géantes, aux musiques d'entrée dignes du catch, aux déguisements dans le public et à une production télévisuelle ultra-dynamique.

Tournoi moderne de fléchettes PDC avec public nombreux
La modernité des fléchettes : des milliers de spectateurs, une ambiance survoltée et une mise en scène spectaculaire.

Conclusion

Des troncs d'arbres utilisés par des soldats désœuvrés aux scènes survoltées de l'Alexandra Palace de Londres, le jeu de fléchettes a parcouru un chemin extraordinaire. Il a su évoluer, se professionnaliser et conquérir le monde sans jamais perdre son âme : celle d'un jeu simple, convivial, mais diablement exigeant, où la précision millimétrique peut faire basculer une partie en une fraction de seconde.